Pourquoi ces formes et ces couleurs ?
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Memphis, le mouvement pour une vie remplie de couleurs
Honnêtement, tout a commencé avec une chanson qui tourne en boucle et un verre de vin à la main. Le 11 décembre 1980, dans un appartement milanais, Ettore Sottsass réunit autour de lui une bande de jeunes designers — Martine Bedin, Michele De Lucchi, Matteo Thun, Aldo Cibic, Marco Zanini — pour parler d'un projet encore flou. Sur la platine, Bob Dylan chante Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again, et le mot « Memphis » revient tellement souvent que quelqu'un finit par dire : « Ok, appelons-le Memphis. » Voilà. Aucun manifeste. Aucun plan directeur. Juste une intuition, une soirée, et l'envie collective d'en finir avec le goût du raisonable.
Parce que c'est exactement ça le problème que Sottsass veut régler. En 1980, les intérieurs sont sages, crème, fonctionnels. Le Bauhaus a tout dit, le minimalisme a tout codifié, le « less is more » règne en maître. Ce que Sottsass a en tête, c'est de créer un nouveau style international débarrassé des préceptes du modernisme, du fonctionnalisme — bref, de toutes ces règles qui ont progressivement bridé la créativité des designers. Il ne veut pas réformer. Il veut dynamiter. Et il a réuni exactement les bonnes personnes pour le faire.
Des lampes design sculpturales et des objets colorés contrasté
Le 18 septembre 1981, dans un showroom milanais du quartier de la mode, une bombe esthétique explose. Memphis présente 55 pièces — meubles, céramiques, lampes design — qui mélangent des matériaux que personne n'avait jamais pensé à associer. Du stratifié plastique avec du marbre. Du métal avec du bois laqué. Des motifs géométriques qui hurlent. Des objets colorés à un point presque offensant pour l'époque. La presse internationale est sonnée. En trois mois, plus de 400 médias internationaux commentent et célèbrent le phénomène Memphis.


Ce qui rend tout ça fascinant — et c'est là qu'on commence vraiment à s'amuser — c'est le rapport de Memphis à la matière. Le coup de génie du mouvement : avoir utilisé le laminé plastique, considéré alors comme bas de gamme, pour concevoir des pièces ultra-désirables. Associé à du marbre ou du métal, ce matériau cheap devient soudain désirable, presque luxueux. C'est une leçon qu'on n'a pas fini d'apprendre : ce n'est pas la matière qui fait le prestige, c'est l'intention derrière.La lampe Super de Martine Bedin, petite structure roulante en métal coloré équipée d'ampoules nues, évoque un jouet électronique ou un robot domestique. Une lampe colorée qui ne ressemble à rien de connu, et qui pourtant illumine une pièce comme aucune autre avant elle. La lampe design cesse d'être un accessoire discret pour devenir le personnage principal de la pièce.
Fondé sans acte formel, Memphis ne suit aucun manifeste, si ce n'est peut-être le souhait d'Ettore Sottsass de proposer des objets « plus colorés, plus joyeux, plus optimistes, plus humoristiques ». Un design joyeux, sans guillemets, sans justification. Des objets colorés parce que la couleur fait du bien, point. C'est une position radicale en 1981, et c'est une position qu'on défend encore aujourd'hui chez Rayon Vert — juste avec du plastique issu de déchet et recylé, le tout made in France.
Quarante ans après, le playful design n'a jamais été aussi actuel
Memphis se dissout en 1988. Trop intense, trop court, trop vif pour durer longtemps. Mais l'idée, elle, ne disparaît pas.La tendance playful, voisin bruyant du minimalisme suédois et du wabi-sabi japonais, bouscule les codes des dernières années. Des lampes design jaune poussin, des tasses hérissées de piquants, des poufs en forme d'animaux dans les défilés de mode — un vent de nostalgie venue de l'enfance souffle sur la création. Et ce n'est pas un hasard : le design playful est un contrepied à la morosité actuelle, à cette période de crises à répétition des plus anxiogènes. Les créateurs, tout comme les acheteurs, sont à la recherche d'un design qui rend heureux, qui fait sourire.

C'est exactement dans cette lignée que s'inscrit Rayon Vert. Des objets colorés pensés pour durer,fabriqués en France, en plastique recyclé — parce qu'un design joyeux n'a aucune raison d'être irresponsable. Un design joyeux peut très bien avoir une conscience. Memphis l'avait dit à sa façon en associant le kitsch au marbre. On le dit à la nôtre en associant la couleur à l'écologie. L'idée de fond est la même : arrête de t'excuser d'avoir envie de beauté, de lumière, de couleur dans ta maison. Une lampe colorée sur ton bureau, un objet coloré qui traîne sur ta table — ce ne sont pas des caprices. C'est une façon de décider dans quel monde tu veux vivre.
Et ça, Sottsass l'avait compris un soir de décembre 1980, une chanson de Dylan en fond sonore. Pas mal pour un soir ordinaire.